La question des élections locales au Togo



élections locales et démocratie

La question locale en Afrique n’est pas des plus aisée. Les années 1990 marquent le début de diverses réformes visant à mettre en œuvre des politiques de décentralisation[1]. L’Etat postcolonial semble avoir échoué faute d’avoir des moyens suffisants pour remplir ses missions premières (santé, éducation, logement…). Cette situation a pour conséquence de retarder la naissance d’une « conscience nationale citoyenne » sans laquelle tout idéal démocratique étatique est vain. Il faut donc refonder l’Etat et la décentralisation semble être un moyen efficace à cette fin. C’est à cet effet que la décentralisation en Afrique en général et au Togo en particulier connait un regain d’intérêt et traduit la volonté affirmée des décideurs politiques d’aller à des élections locales. Ces dernières participent à la consolidation des acquis démocratiques expérimentés dès le début des années 1990.



Il faut entendre par démocratie un régime politique dans lequel le pouvoir suprême est attribué au peuple qui l’exerce lui-même, ou par l’intermédiaire des représentants qu’il élit. Elle est directe, lorsque le peuple adopte lui-même les lois et les décisions importantes et choisit lui-même les agents d’exécution et indirecte lorsque le rôle du peuple se borne à élire ses représentants. Le processus de décentralisation conduisant à l’organisation des élections locales participe à la mise en place d’une démocratie locale indirecte. Ce processus, a une valeur démocratique puisqu'elle se ramène à faire gérer le maximum d'affaires par les intéressés eux-mêmes ou par leurs représentants.
Dans le cadre de la décentralisation, il est mis en place des collectivités territoriales à l’instar des régions et communes. Celles-ci sont de véritables laboratoires de la démocratie que l’on peut évoquer sous les formules de « démocratie locale » ou de « démocratie de proximité » afin de faire état de la nécessaire participation des citoyens à la prise de la décision publique.
Dans une approche démocratique, en effet, la gestion des collectivités territoriales instaurés par le processus de décentralisation implique la participation de tous les intéressés à travers leurs élus locaux. La commune reste donc à titre illustratif le lieu de la participation directe des habitants aux affaires quotidiennes qui les touchent de plus près, et reste un cadre d'incitation permanente à la prise de conscience des responsabilités des citoyens, et un canal idéal d'un appel continu au dévouement des citoyens pour le bien public.
Il faut y ajouter que le fonctionnement administratif local se révèle être un royaume naturel du développement de la démocratie de proximité, ne serait-ce que parce qu'il supporte un très haut degré de transparence, alors que les décisions administratives au niveau étatique, naturellement tributaires d'échanges politiques sont parfois connectées à des secrets protégés empêchant une réelle transparence dans la gestion de l’Etat.
Il importe de relever que le processus de décentralisation dans laquelle s’est engagé le Togo ne déroge pas à ces considérations démocratiques nécessitant l’implication des citoyens à la gestion de la chose publique. En effet, développer la participation des citoyens à la vie locale fut l'un des objectifs de la loi de 2019 relative à la décentralisation et aux libertés locales[2]. L’article 15 de cette loi dispose à juste titre que « la participation des citoyens d'une collectivité territoriale au choix de leurs représentants pour la gestion des affaires de celle-ci est un principe essentiel de la démocratie locale. ». Afin de rendre effective la participation des citoyens, il est légalement prévu que ces derniers par l’intermédiaire d’un bureau du citoyen ont le droit de saisir les élus locaux sur les questions et sujets qui les concernent. Ces derniers ont en retour le devoir de rendre compte périodiquement à leurs électeurs de la gestion administrative et financière de la collectivité territoriale. L’ensemble de cet arsenal juridique qui confère aux citoyens le droit d’être informés des décisions et à être consultés sur les affaires qui les concernent, par les élus locaux, contribue à l'épanouissement de la démocratie locale.
Toutefois il est important de relever que l’apport des élections locales dans la consolidation de l’acquis démocratique peut s’avérer mitigé dans la mesure où l'élection, notamment l’élection locale n'est pas toujours un gage de démocratie. Les candidatures dans le cadre d’une élection peuvent en effet être limitées et le choix des électeurs fortement contrôlé par le pouvoir central. Ce faisant il y aurait donc une certaine subsistance de l’omnipotence du pouvoir central dans la gestion des affaires locales dans la mesures où les candidats ainsi placés pourraient facilement se plier aux désidératas du pouvoir central plutôt qu’à celle des populations locales.

  ''Election locales et démocratie'' by Severin Mouzou


[1]  La décentralisation est un mode d’aménagement des structures de l’administration dans lequel, la personnalité juridique ayant été reconnue à des communautés d’intérêts ou à des activités de service public, le pouvoir de décision est exercé par des organes propres à ces personnes agissant librement sous un contrôle de simple légalité. La décentralisation peut être technique ou territoriale. La décentralisation territoriale est celle qui, fondée sur la notion d’intérêt local, donne naissance à des collectivités publiques distinctes de l’Etat (région, département, commune) dont l’existence et la libre administration par des conseils élus prévues par la constitution sont garanties par la loi ; dotées de la personnalité juridique, de l’autonomie financière et d’organes délibérant et exécutif propres.
[2]  Loi de 2019 portant modification de la loi N° 2007- 011 du 13 Mars 2007 relative à la décentralisation et aux libertés locales modifiée par la loi N° 2018-003 du 31 janvier 2018.

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